L’albatros

Charles Baudelaire
Sebastian Abbo, Le poète, 2022
Sebastian Abbo, Le poète, 2022. Gravure édition limitée en vente dans notre Galerie d’Art


Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

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322 commentaires sur “L’albatros”

  1. Lorenzo

    dit :

    Un grand classique , toujours aussi surprenant ! Et à chaque lecture !!

  2. Rose de Sang, Neige de Blanc

    dit :

    Ce poème est juste magnifique, et très symbolique. J’adore.

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